Cet été, la carte des vacances françaises se redessine. Entre budgets resserrés et canicules à répétition, les Français boudent les destinations classiques du Sud et se replient massivement sur la France, avec deux grands gagnants inattendus : la moyenne montagne et le littoral de la Manche.
Des départs en net recul dès juillet
Selon l’observatoire des Entreprises du Voyage (EdV) réalisé avec Orchestra, les réservations de séjours ont reculé de 5,6 % en juillet par rapport à l’année précédente, soit environ 300 000 candidats aux vacances en moins. En cause : des budgets plus serrés, mais aussi un climat d’hésitation permanent — on réserve, on annule, on recommence. Les tensions internationales et la multiplication des vagues de chaleur et des incendies dans le Sud-Ouest pèsent directement sur l’envie de partir. Une enquête Ifop pour l’Alliance France Tourisme confirme la tendance : à peine un Français sur trois est certain de prendre des vacances cet été, contre un sur deux en 2025.
La France conserve son rang de destination numéro un des Français, mais les séjours dans l’Hexagone reculent eux aussi de 7 % en juillet. Le Sud et le Sud-Ouest, pénalisés par la chaleur et les incendies, perdent du terrain, tandis que le Nord-Ouest progresse.
La montagne, grande gagnante de la canicule
Pour échapper aux nuits étouffantes des plaines, de plus en plus de vacanciers prennent de l’altitude. Les campings des Alpes et des Pyrénées affichent complet jusqu’à la mi-août, avec une fréquentation en hausse moyenne de 12 %. Les Alpes du Nord enregistrent un bond de 11,6 % de fréquentation en juillet, portées par des nuits à 17-18 degrés quand il fait 35°C dans la vallée. Résultat : la montagne capte désormais 10,3 % des demandes de réservation estivales, au détriment des plages traditionnelles.
Dans les Vosges, le camping de Longemer a vu son activité progresser de 12 %, avec une projection à 15 % fin juillet, et la station de Gérardmer accueille un nombre croissant de visiteurs venus des Pays-Bas, de Belgique, d’Allemagne et du Royaume-Uni, en quête de fraîcheur.
Le littoral nord aussi tire son épingle du jeu
Même logique du côté des recherches de location : Airbnb a observé, dès la mi-juin, une nette progression des recherches vers les territoires plus tempérés, avec +24 % dans la Manche, +23 % dans le Calvados et +11 % dans les Côtes-d’Armor. Un signe supplémentaire que les vacanciers arbitrent désormais leur destination autant sur le climat que sur le prix.
Moins d’étranger, mais un budget en légère hausse
Le 25e baromètre des vacances Europ Assistance-Ipsos, mené entre fin février et début avril, confirme ce repli sur l’Hexagone : 51 % des Français privilégient une destination en France cette année, soit 15 points de plus qu’en 2025, sous l’effet conjugué des crises géopolitiques et de l’inflation. Près d’un Français sur deux seulement (49 %) partira à l’étranger, un recul de 15 points. Quand ils s’expatrient, les Français restent fidèles à l’Italie, l’Espagne, la Grèce et le Portugal, valeurs sûres du tourisme de proximité européen.
Autre paradoxe : si les Français partent moins souvent et moins longtemps — 1,9 semaine en moyenne contre 2,1 semaines l’an dernier —, le budget moyen consacré aux vacances d’été progresse tout de même de 90 euros, à 1 864 euros, soit une hausse d’environ 5 %. De quoi nourrir les réflexions sur les arbitrages liés au budget des ménages pour l’après-saison.
Ce que cela change pour les prochaines vacances
- Les destinations d’altitude et le littoral nord devraient continuer à gagner des parts de marché tant que les étés restent aussi chauds dans le Sud.
- Réserver tôt devient un avantage net pour les destinations de fraîcheur, désormais sujettes à des pics de fréquentation comparables à ceux de la Côte d’Azur en haute saison.
- Les enjeux liés au réchauffement s’invitent durablement dans les choix de vacances, un sujet à suivre du côté de l’évolution du climat en France.
- Les professionnels du tourisme de montagne et du littoral nord doivent désormais anticiper une demande estivale qui n’était, il y a quelques années, qu’un marché de niche hors saison hivernale.
Questions fréquentes
Pourquoi les Français partent-ils moins en vacances cet été ?
La conjonction de budgets plus serrés, de tensions internationales et de vagues de chaleur répétées dans le Sud a rendu les Français plus hésitants : les réservations de juillet ont reculé de 5,6 % et seul un Français sur trois est certain de partir en vacances cette année.
Quelles régions profitent le plus de ce changement ?
La moyenne montagne (Alpes, Pyrénées, Vosges) et le littoral de la Manche, du Calvados et des Côtes-d’Armor enregistrent les plus fortes hausses de fréquentation, portées par des recherches de fraîcheur et de calme.
Le budget vacances des Français a-t-il baissé ?
Non : malgré des séjours plus courts, le budget moyen progresse d’environ 5 % pour atteindre 1 864 euros par foyer selon le baromètre Europ Assistance-Ipsos, les vacanciers privilégiant la qualité à la quantité de jours.

